Agrégation de français : Séquence didactique sur le sonnet.

Descriptif.

Séance 1. Lecture du sonnet de Louise Labé.

Objectif. Fixer la thématique du groupement et la fixe qui lui sert de socle. Il s’agit de voir, plus précisément, la dualité de la passion amoureuse, telle qu’elle illustrée à la Renaissance.

Séance 2. Lecture méthodique du sonnet d’Agrippa d’Aubigné.

Objectif. Il s’agira de constater les enjeux du traitement baroque du motif amoureux et d’en évaluer la nuance. Amour aigre et transi dans la veine pétrarquisante que le poète revisite.

Séance 3. Lecture linéaire du sonnet de Jacottet.

Séance 4. Évaluation sous forme de commentaire composé, à partir du sonnet « Oraison du soir » d’Arthur Rimbaud.

Problématique générale : comment la forme du sonnet se propose-t-elle d’appréhender la passion amoureuse en ce qu’elle a d’intense et de fragile ?

Séance 1 :

Problématique. Comment Louise Labé assujettit le sonnet aux fluctuations de la passion amoureuse ?

Louise Labé traduit, dans ce sonnet, l’exaltation de la passion amoureuse par le biais  de métaphores en contraste.   Ce sonnet se distingue par sa forme brève en vers décasyllabiques, créant un effet de rapidité et de tension palpable dans les deux tercets.  La structure est de facture classique, associant, dans une progression subtile, deux quatrains et deux tercets. Le huitain est basé sur la juxtaposition des métaphores contrastées que le sixain vient fixer comme aboutissement de l’analyse de la passion amoureuse. L’organisation des tercets traduit une légèreté que lui confère la structure en rimes doublées en CDC/CDD et le maniement du sens. Il faut y voir non l’expression lyrique d’une amante mais le chant d’une passion universelle.

Deux mouvements le structurent.

Consigne. 1. Comment le huitain juxtapose-t-il des images contraires pour faire sens ? Et quelle progression constate-t-on d’un quatrain à l’autre ?

  1. Pourquoi l’amant est absent du sixain alors qu’on s’y attendait ? Dans quel but Louise Labé introduit l’Amour allégorisé ? En d’autres termes, invite-t-elle à la réinterprétation du « je » lyrique des deux premiers quatrains ?

Cette consigne a la vertu de scinder le sonnet en deux moments et d’en épeler la progression.

Le huitain décline les effets de la passion amoureuse, le sixain en propose la lecture universelle. Aussi avons-nous :

1er mouvement. La dualité du sentiment amoureux et les désordres qu’il engendre.

L’instrument rhétorique de cette expression est bien l’antithèse.

Le 1er quatrain. Exposé d’images paradoxales selon le mode cosmique et des effets sur le corps selon le modèle pétrarquiste.

Le 2ème quatrain. En décline ces paradoxes selon le mode des sentiments et des sensations. Il s’agit d’un fragment véhiculant la sensualité.

L’on notera que vers 4 de chaque quatrain ménage, mais de façon inversée, la surprise par rapport aux trois précédents. Ce jeu d’écho est renforcée par la reprise du même son pour « joie » et « verdoie », mais essentiellement par le recours aux rimes embrassées qui marquent la force de l’amour. Le sujet aimant est, en effet, sous les tutelle et tyrannie de l’amour !

Les étudiants mettront l’accent sur l’omniprésence du  « je » dans le huitain sans pour autant conclure au lyrisme débridé : associé au présent de l’indicatif et aux verbes d’état ce « je » perd de sa pesanteur. Il est donc moins marqué, dans le premier quatrain, par le poids du vécu propre à l’amante. La strophe ne relate pas, sur le mode anecdotique, les circonstances de sa souffrance, mais les décline sur le mode itératif et général.

2ème mouvement. Les sensations contradictoires de l’amour.

Le 1er et le 2ème tercet. Labé nomme le sentiment amoureux et y tisse, sur le même mode, des images contraires.

L’exploitation des images duelles permettra de mettre l’accent sur les emprunts tant métaphoriques que relevant de l’antithèse. D’abord, on analysera l’emprunt des métaphores naturelles héritées d’Empédocle, puis on soulignera les couples antinomiques qui les soutiennent.  Feu et eau, chaleur et froid, mollesse  et dureté, ennuis et joie, etc.  On remarquera que ces emprunts récupère des métaphores pour expliquer un état amoureux contradictoires : l’usage de la langue est dévié dans ce réseau lexical.  

L’examen précédent inspirera les remarques suivantes :

La passion amoureuse se caractérise par sa versatilité.  L’amour, comme sentiment béatifiant les amoureux, ne fait pas, tel quel, l’objet de ce sonnet. Il s’agit d’une passion qui inspire le doute de l’amante incertaine sur ce qu’elle inspire. La permanence de ce sentiment amoureux est ici contestée.

La rupture des tercets permet à louise Labé de nuancer la tonalité de son sonnet. En deux phrases, le sixain développe deux métaphores qui permettent à la poétesse de fixer le processus de la passion amoureuse qui est fondamentalement duelle mais qui inspire des sensations contraires.

Le sixain vient rendre plus abstrait le développement du huitain. Le vocabulaire, en particulier les verbes, se décline comme actes concrets. Le sixain est truffé de vocabulaire abstrait : Amour, douleur, peine ou encore : joie, heur, malheur.

La rime plate qui clôt le sonnet fixe bien son sens et la réalité de l’amour : y coexistent joie et malheur.

Le sonnet, forme fixe et brève,  devient le champ privilégié de l’expression amoureuse dans sa vocation universelle.  Le « je », omniprésent tend à se représenter comme le parangon d’une passion universelle. Le sonnet qui accueille et s’accommode de ces contrastes, apparait comme le lieu d’affrontement de ces sentiments contradictoires, sans qu’il apporte la résolution à ces sensations. D’où sa teneur universelle.

Conclusion possibleLa forme du sonnet est assujettie au discours amoureux dans sa vocation universelle. Il n’est pas, malgré les apparences, un sonnet pétrarquisant, déclinant sur le mode lyrique les désordres inspirés par l’absence ou encore la douleur d’aimer, mais traduit, grâce à des outils rhétoriques réfléchis, l’universalité de la passion amoureuse duelle et inspirant les sensations les plus contradictoires. Si ce sonnet, de facture classique, a vocation la généralisation, comment le sonnet de d’Aubigné, exploite, dans la veine baroque, un des motifs particuliers de l’amour ?

Séance 2.

Théodore Agrippa d’Aubigné, cristallise en cette moitié du XVIe siècle, une plume aigrie dans un contexte religieux agité. Ce sonnet n’y échappe pas alors qu’il traite d’un motif amoureux.  Le sonnet se présente comme une adresse douloureuse à la femme aimée. Le modèle pétrarquiste hante l’écriture. Or, cette tradition est modélisée selon la sensibilité baroque ayant trait à la versatilité et aux faux-fuyants. Sa subtilité toute baroque permet d’expliquer l’emprunt métaphorique. Construit sur une image de chasse, le sonnet renvoie implicitement à Diane (ou Artémis), déesse de la chasse.

Il se signale toutefois par le ton : celui de la déception non acceptée et de la morgue suite à l’inconstance de l’aimée.  Le tour rhétorique est de poser le poème comme dédicace à une femme cruelle. Le sonnet s’accommode bien des jeux de miroirs, inversant les situations et virant, au final, à l’expression de la morgue du poète.

D’emblée avec d’Aubigné, on notera comment le sonnet se focalise sur un motif plus restreint : l’amoureux transi.

Une consigne sur la métaphore de chasse qui inaugure le sonnet permettra d’identifier les rôles attribués. Le poème se présente une trilogie toute classique : le poète, assimilé à un faucon, puis la dame qui en est la proie désignée, couple auquel vient s’ajouter la corneille, oiseau charognard et chapardeur de basse extraction, aux appels de laquelle la dame semble répondre ; le faucon ne supportera pas de se comparer à un corbeau, déclarant préférer la froideur du tombeau à une rivalité qu’il juge dégradante.

Le tableau est ainsi campé. Il s’agit d’interroger la passion amoureuse suivant le motif pétrarquisant de l’inconstance de la dame et des tourments de l’amant. Or, le ton véhément contredit les poncifs pétrarquistes. D’Aubigné manque de galanterie et fait valoir, de façon brutale, sans doute humaine, sa déception. Est-il moins poète, plus humain ? Oui.

On développera deux axes :

Le premier portera sur la métaphore filée empruntée au domaine de la chasse. Les remarques des étudiants porteront sur cet emprunt de la scène de chasse, sujet épique noble, pour transmettre décrire une situation amoureuse. Le traitement baroque est biaisé et procède par des images contrastées.

On notera, par exemple, le paradoxe du mouvement dans les deux quatrains. L’aigle amorce sa chute ; la maitresse opère une ascension au ciel. Ce mouvement spatial fixe les rôles et destin des deux personnages engagés dans un duel. L’intertexte théâtral y est visible et le sonnet reproduit le modèle de l’inconstance.

La caractéristique de l’aigle est la chasse : or il abandonne une proie pour une autre. Il a vocation à chasser. En quoi est-il différent de la maitresse, symbole de Diane, la déesse chasseresse ?

L’énonciation à la troisième personne permet de parachever le tableau de chasse installant la tension au moyen de l’adversatif « Mais » en position d’attaque du second hémistiche. (v.2)

La comparaison de type homérique introduite par « Ainsi » introduit dans le 2ème quatrain un contenu nouveau. Le terme « maitresse fière » semble détoner dans un contexte rhétorique qui fait prolonger la métaphore initiale. Il est, en effet, question de corbeau au v. 8.  On notera que la clé d’interprétation du premier quatrain est livrée avec cette nouvelle strophe.

Les ingrédients de l’inconstance sont posés et l’impuissance de l’amant nommée. En effet, il est question du poète (m’abat).  Le jeu d’écho des rimes embrassées fière/arrière en dit long sur cette tension entre les deux acteurs de ce drame intime. La passivité est traduite par le jeu du pronom, « « m’abat » qui contraste fortement avec la qualité initial du faucon. Il n’est plus chasseur, sa prétendante chasse à autre.

La morgue du poète transparait dans le choix du vocabulaire. Le faucon est un oiseau d’extraction noble, tandis que le corbeau est un oiseau au rang dégradé. La connotation négative est, ici, évidente. La femme inconstante, posée comme passive, se transforme paradoxalement en chasseresse redoutable. Le décor campé au départ est donc renversé.

Le deuxième axe posera comme possible interprétatif l’inconstance comme figure de la femme aimée et comme figure formelle du sonnet. En effet, les mentions contradictoires sur la faculté de discernement entre le poète et sa dame suggèrent l’aveuglement de l’amante. A clairvoyant du v 1 s’oppose les « beaux yeux obscurcis » du v 9 « plus propre à blesser que discrets à élire » au v. 10. Le manque de lucidité dont est affublée la dame volage contraste avec la clairvoyance du poète amoureux.

Le contraste des situations, procédé baroque s’il en fût, est accentué par l’introduction du vœu de mort. A juste titre, la mort ne signe pas la fin de l’amant, mais lui redonne la vie – car elle est porteuse de changement.

Le vœu a valeur de chantage amoureux. Il intervient comme menace si l’amante ne répondait pas à l’injonction amoureuse. Cette mort est désirée et participe de la rhétorique de persuasion. La comparaison qu’ouvre le second hémistiche du vers 11 est propre à l’apitoiement. Elle emprunte au même domaine de la chasse et fonctionne, à fortiori, comme argument cinglant contre l’amante. La dramatisation qu’implique cette comparaison explique sa finalité. D’ailleurs, la rime ennemie/vie explique bien cet apparent paradoxe. C’est la serre ennemie qui est susceptible de provoquer un changement salutaire.

C’est qui donne, dans la comparaison, comme une fiction rhétorique, permet au poète de décliner un vœu brutal, tranchant. Il y a jeu sur le terme « changement », mot ambivalent. Ce changement d’état peut mener à la tombe, ce qui une déduction logique de la comparaison. Mais il peut être interprété comme synonyme d’inconstance, dont se plaint l’amant.

Dans ce sonnet baroque, le pétrarquisme est nuancé. L’expression est véhémente et manque de noblesse. Cette impression appelle le choix du vocabulaire dégradant pour le rival traité de corbeau ou encore de la dame inconstante et qui manque de discernement. La veine pétrarquiste est ainsi pervertie par la morgue du poète jaloux. L’ambigüité de ce discours amoureux est de convoquer des contrastes baroques sans pour autant parvenir à maintenir le ton hautain de la poésie renaissante.

Conclusion. Les contrastes relevés semblent indiquer la veine baroque. Le point d’appui est une situation d’inconstance, motif restreint de l’amour. Le poète qui maitrise les outils d’emprunt, autant le tableau épique des quatrains que les contrastes de type baroque, exprime un désordre intime dont la jalousie est la figure majeure. Sa maitrise cède le champ à une expression plus véhémente, donc plus humaine. Le sonnet offre ainsi l’image d’un homme blessé dans son orgueil qui en appelle à délivrance de la mort. La mort demeure un vœu. Mais le tombeau peut être le dernier recours d’un homme amoureux et éconduit. Comment ce couple vie/mort hante-t-il le sonnet moderne de Jacottet ?

Séance 3 :

Ce poème, extrait de L’effraie, revisite en réajustant l’écriture de la poésie amoureuse et lui fixe ses nouveaux horizons.  En effet, il reprend les poncifs de la poésie amoureuse tels qu’ils ont été fixés après Lamartine : le drame des amoureux face à la fuite du temps que la poésie tente de fixer ! Jacottet, poète moderne, en apporte le déni dans un sonnet assoupli et fort.   S’il semble constater le caractère destructeur du temps, il se dissuade de toute tentative de récupérer par le miracle de la poésie cette fuite. Il est, en ce sens, anti-lamartinien. Il semble l’affronter avec lucidité et résignation. Cette mission est assurée par le truchement de la forme fixe du sonnet : il lui fait subir des ruptures inattendues et subtiles. Le poème se présente comme une adresse, dans la pure tradition poétique. Toutefois, il lui permet de signer, par le travail sur l’interlocution, la finalité du lyrisme moderne.

Problématique : Comment le sonnet moderne qu’emprunte le poète moderne, permet à ce dernier d’inverser les codes de l’écriture amoureuse ?

Prérequis : structure métrique et syntaxique telle que définie par J. Cohen.

Deux articulations du texte :

1er mouvement. V 1 à 6. Le caractère inexorable de la mort. La rupture dans l’attitude du pète amoureux. Ce découpage au niveau du vers 6 marque la volonté du poète de perturber la disposition traditionnelle du sonnet en lui soumettant une logique lyrique plutôt que formaliste. (par opposition au sonnet marotique)

2ème mouvement. V 7 à 14. Effort pathétique des amoureux à conjurer l’angoisse de la mort. Effort signalé par la discordance métrique et syntaxique.

Premier mouvement. Le texte s’ouvre par une adresse à soi. « Sois tranquille » qui rappelle, pour le lecteur initié mais de façon troublante, le poème Recueillement de Baudelaire. Cette mise en scène du « je » marque la tentative de se soustraire du poids de la mort et introduit, au passage la division du sujet d’interlocution. Il a un sens antiphrastique. Il signe la vanité de toute lutte devant la mort. Est-ce un effort de dédramatisation ? Certainement oui.

La mort, demeure, à ce stade du texte, indéterminée : le pronom « cela » associé au verbe de mouvement au futur « viendra » indiquent ce caractère imprévu et inévitable. L’on sait d’emblée que la mort n’a pas de visage  et qu’elle chemine dans un mouvement difficile à endiguer. Jusque là, le traitement reste traditionnel.

Ce qui est par contre inattendu, c’est bien le jeu des verbes de mouvement.  La rime rapproches/proche fixe le mouvement de la mort vers le poète et vice versa et ce, dans une solidarité morbide. (lire. « rapproches », « aille », « elle vient »). Cette communauté de mouvement pose comme inévitable cette rencontre. Vivre, c’est déjà avancer vers la mort. (écho avec le dernier vers qui révèle le sens du poème) D’ailleurs le verbe « Tu brûles » au seuil du vers 2 suggère, sur le mode visuel et sémantique, l’action de se consumer. Le sous-entendu suggère l’idée du temps. Il avance dans un mouvement continuel. Il l’instrument impassible de la mort.

Chez Lamartine, par exemple, il est sollicité pour qu’il suspende son vol. Ici, il y a renversement. L’écriture qui, dans la tradition littéraire, se charge de fixer le temps, cède ses prérogatives et évoque cette fuite comme un moment ordinaire : le poète reconnait ses limites et cesse toute lutte. La finitude est constatée et consommée. Elle accueille dans l’espace du sonnet le principe de la mort et s’en accommode. Le rejet du mot « poème » en v 3 consolide cette interprétation. Le poème à la mission de constater le mouvement vers la mort. Mieux encore : il fixe l’horizon du poème sous la tutelle de la mort. Le premier et le dernier mot du texte signalent cette finitude. Il y a l’idée de projection.

Cette prééminence de la mort est renfoncée par la personnification de la mort qui marche et « ne s’arrête pas en chemin. »

Subtilement, le poète introduit, par le biais de la personnification, l’image de l’effraie, titre éponyme du recueil. « s’endormir sous des branches, etc. ». La marche ininterrompue du temps s’impose à lui et contraste fortement avec son impuissance à lui imposer un répit.

Ce 1er mouvement est donc le lieu de confrontation de deux mouvements contradictoires : celui du temps et celui du poète. En filigrane s’affrontent les pronoms « tu, vous, elle (cela) », formes de luttes ininterrompue dont l’issue est évidente.

2ème mouvementCe sont les discordances entre mètre et syntaxe qui marquent le travail de Jacottet dans ce mouvement.

Il introduit, en effet, un contenu nouveau. L’amour devient paradoxalement la force qui illustre le caractère inexorable de la mort. Il est évoqué dans sa dualité : douceur v 8 et force v 9. Le choix du chiasme dans ses vers « douce bouche » et « cris doux » marqué, pour ce fragment par la rupture métrique entre le quatrain et le tercet marque de façon brutale cet échec. L’amour a la vertu apaisante car la femme aimée est qualifié métonymiquement de source qui désaltère. Mais l’oxymore que suggère « cris doux » en limite l’effet.

L’amour est donc incapable de conjurer le fait de la mort. Mieux encore, la « brûlante chevelure » qui figure l’acte des corps est un motif qui remet en cause la vision traditionnelle de l’amour qui sauve par l’union qu’il favorise. Le leitmotiv «  elle vient » en annule l’effet apaisant. La mort se défie de l’amour, de la vie. Remarquons sa position au seuil du vers 12.

Le caractère « solitaire » de la mort se mouvant contraste fortement avec la tentative du couple. Le même jeu concurrentiel des pronoms est donc à signaler.

Le caractère impassible est renforcé par le mystère de la mort : les amants ignorent la date de ce cheminement mais en sentent la force et la cruauté, ce qui menace leur sécurité. v. 12 et 13. Remarquons à ce propos la perturbation dans cette dernière phrase du sonnet  (elle s’étend du v 7 au vers 14) que signalent les multiples rejets et enjambements.

Le poète est donc contraint de constater la mort et s’y attend. Mais contrairement à ses prédécesseurs, il explique ce drame par sa propre situation. « tu es plus vieux ». Le drame de ce constat amer est qu’il est fixé par les mots du poème qui, contre toute attente, rapprochent le poète de sa mort. La poésie abdique devant la fatalité de la mort ; pire encore, elle l’exprime !

Conclusion. Le propos de l’auteur est de réajuster, en revisitant le motif de l’amour et de la mort, les pouvoirs de la poésie dans la forme du sonnet pour nous proposer une leçon humble. Cet art de dire doit s’accommoder de la fatalité de la mort. La poésie change de mission : elle ne sublime pas, elle reconnait. Et se reconnait tentative vouée à l’échec. D’où sa modernité.

Séance 4. Evaluation. Commentaire composé du sonnet  « Oraison du soir » d’Arthur Rimbaud.

Support. Oraison du soir

Je vis assis, tel qu’un ange aux mains de barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L’hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l’air gonflé d’impalpables voilures.
Tels que les excréments chauds d’un vieux colombier,
Mille rêves en moi font douces brûlures :
Puis par instants mon cœur triste est comme un aubier
Qu’ensanglante l’or jeune et sombre des coulures.
Puis, quand j’ai avalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l’âcre besoin :
Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l’assentiment des grands héliotropes.

La problématique peut être formulée en ces termes : Comment le sonnet peut sublimer un instant familier ?

Le corrigé de ce sonnet peut prendre la forme suivante :

Introduction.

I. Un espace d’initiation

  1. Un compte-rendu anecdotique dans un café
  2. Un spectacle en contraste

II. Le blasphème

  • Les valeurs perverties ou l’ironie à l’œuvre
  • Le vocabulaire scatologique et la fonction transfiguratrice

III.  L’expression du malaise

  1. Les analogies inédites pour nommer le malaise
  2. La vision spleenétique : voir, c’est écrire.

Conclusion

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