Cours : Épicurisme et le Stoïcisme.

 

Point de vue historique :

Contemporains l’un à l’autre, Epicurisme et Stoïcisme constituent le pont et le passage entre la civilisation grecque et l’empire romain. Ces deux doctrines naissent dans l’univers d’Athènes : Vers 315 av J.C pour le Stoïcisme avec Zénon puis se renforce à Rome aux Ier et II ème siècles avec Sénèque et Epictète. L’Epicurisme, quant à lui, s’est développé à Athènes avec Epicure puis à Rome avec Lucrèce.La situation politique, surtout à Athènes, joue un rôle décisif dans l’élaboration de ces deux doctrines et visions du monde : le philosophe stoïque ou épicurien témoignent des troubles politiques qui déboucheront sur l’effondrement de l’idéal démocratique hellénistique.  Ainsi adopte-on un retrait des affaires de la cité pour se concentrer sur l’âme et la vertu, mais chacun à sa manière. Leur mode de vie exprime un parti pris, une réaction envers la décadence des valeurs antiques idéales.

Définitions générales :

Epicurisme et Stoïcisme proposent des règles de vie propres à atteindre le bonheur et la sagesse. Pour le premier courant, il s’agit de la recherche des plaisirs simples et naturels de l’existence, l’idéal de la sagesse se réalise à travers l’Ataraxie (ordre, tranquillité de l’âme) qui est le but de la morale. La sagesse dans la quête du plaisir distingue l’épicurisme, dans un sens ordinaire, de l’Hédonisme. Ce dernier incarne l’attitude de celui qui aime les plaisirs des sens de façon immodérée jusqu’à leur sacrifier toute moralité (L’exemple de Don Juan). Or, l’épicurien, modèle de mesure, réunit plaisir et vertu loin d’être opposés. Pour le deuxième, le bonheur consiste tout d’abord dans l’effort de supporter les douleurs avec courage et fermeté.

De la vision du monde… :

Ces deux doctrines sont, tout d’abord, des doctrines philosophiques, c’est-à-dire, elles puisent leur conception dans une vision du monde théorique et rationnelle, ce qui se concrétisera dans le mode de vie spécifique à chaque vision.

Ainsi, il importe d’affirmer que ces deux doctrines partent d’une vision matérielle de l’univers qui sera déclinée en morale ou mode de vie : Epicure reprend le principe de Démocrite selon lequel le monde nait de la combinaison d’éléments matériels minuscules et indivisibles. Etant matériel, l’univers est appréhendé uniquement via les sens, d’où l’importance du plaisir dans la doctrine d’Epicure qui y voit une prise de contact parfaite avec ce monde matériel. Plus encore, puisque la combinaison des atomes n’est pas motivée ou ne suit aucun ordre, le hasard règne dans le monde. Au même titre, le stoïque adopte une vision matérielle de l’univers : seule existe la matière (ou le corps) appréhendée par les sens. L’être humain appartient au règne de la matière dans l’univers, lequel règne obéit à une structure bien ordonnée, d’où le précepte stipulant de « vivre en harmonie avec la nature ». L’homme doit se soumettre à cet ordre, à une sorte de destin agissant sur le monde et les êtres (ce qui élimine toute idée du hasard). A partir de ces principes de base vont se dessiner les traits caractéristiques de chaque philosophie.

A l’Ethique :

En effet, si pour l’épicurien, l’ordre de l’univers échappe à toute saisie rationnelle, qu’il n’y a pas d’au-delà, le bonheur du sage se réalisera en ce monde matériel, à travers la sensation et le plaisir aussi physique que moral. Cependant, ce penchant vers le plaisir doit être réfléchi, jugulé afin de réaliser l’Ataraxie (ordre et absence de troubles), d’où l’importance de la mesure, de la tempérance et de la vertu. Concernant le stoïcisme, le principe de l’existence de l’ordre implique une sorte de soumission, une maitrise des passions, loin de toute colère ou tentation. Pour Epictète, « tout ce qui devrait arriver arrivera », d’où l’effort d’épargner à l’âme les effets négatifs de la tristesse, du désespoir, colère…). Ainsi, les valeurs que prône le stoïcisme, à l’instar du renoncement, de l’abstinence, la maitrise des passions, la communauté entre les hommes, seront reprisent par l’église chrétienne. En se soumettant à l’ordre de l’univers, le sage acquiert la paix de l’âme et se place là où il devrait être (ataraxie).

L’Epicurisme, comme le Stoïcisme, continueront à influencer et à inspirer des écrivains à travers les siècles.

Auteurs et œuvres marquants :

Epicurisme : Epictète, Lettres à Ménécée. Lettre à Hérodote.

Stoïcisme : Epictète, Manuel et entretiens

Sénèque : De laconstance du sage, De la tranquillité de l’âme, Lettres à Lucilius.

Texte 1 : Epicure, extrait de Lettre à Ménécée.

« Maintenant habitue-toi à la pensée que la mort n’est rien pour nous, puisqu’il n’y a de bien et de mal que dans la sensation et que la mort est absence de sensation. Par conséquent, si l’on considère avec justesse que la mort n’est rien pour nous, l’on pourra jouir de sa vie mortelle. On cessera de l’augmenter d’un temps infini et l’on supprimera le regret de ne pas etre éternel. Car il ne reste plus rien d’affreux dans la vie quand on a parfaitement compris que la mort n’ a rien d’effrayant. Il faut donc etresot pour dire avoir peur de la mort, non parce qu’on souffrira lorsqu’elle arrivera, mais parce qu’on souffre de ce qu’elle doit arriver. Car si une chose ne nous cause aucune douleur par sa présence, l’inquiétude qui est attachée à son attente est sans fondement.

Ainsi, le mal qui nous effraie le plus –la mort- n’est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n’est pas là, et lorsque la mort est là, nous n’existons pas […] ».

Texte 2 : Epictète, extrait de Manuel.

« Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, ce sont les pensées, la tendance, le désir, le refus, bref tout ce sur quoi nous pouvons avoir une action. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est la santé, la richesse, l’opinion des autres, les honneurs, bref tout ce qui ne vient pas de notre action.

Ce qui dépend de nous est, par sa nature même, soumis à notre libre volonté, nul ne peut nous empêcher de le faire, ni nous entraver dans notre action. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d’autrui, une volonté étrangère peut nous en priver.

Souviens-toi donc de ceci : si tu crois soumis à ta volonté ce qui est, par nature, esclave d’autrui, si tu crois que dépende de toi ce qui dépend d’un autre, tu te sentiras entravé, tu gémiras, tu auras l’âme inquiète, tu t’en prendras aux dieux et aux hommes. Mais si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d’autrui ce qui réellement dépend d’autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir, jamais entravé dans ton action, tu ne t’en prendras à personne, tu n’accuseras personne, tu ne feras aucun acte qui ne soit volontaire, nul ne pourra te léser, nul ne sera ton ennemi, car aucun malheur ne pourra t’atteindre ».

Texte 3 : Plutarque, Les StoïciensLa Pléiade, p. 93.

     « Je juge d’abord que l’accord des pensées doit apparaître dans la conduite de la vie. Autant et plus que l’orateur selon Eschine, doit dire la même chose que la loi, la vie du philosophe doit être en accord avec son discours; car le discours du philosophe est une loi choisie par lui et qui lui est propre, si l’on pense que la philosophie n’est pas un jeu et un bavardage en vue de la réputation, mais qu’elle est une œuvre digne du plus grand sérieux ».

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