Cours : Le désir est l’essence de l’homme, Par Wafae Abid

                                                         Le désir définit l’homme

Le désir est parfois difficile à concevoir. Non seulement parce qu’il entretient des rapports ambigus avec le besoin, mais aussi parce que le fait de désirer engendre satisfaction et ennui, comme l’écrit Denis Vasse, médecin et psychanalyste algérien : « Le mot ‘désir’ évoque l’homme. Il a des résonances multiples et contradictoires. »

  • Le désir entre plénitude et manque

Le premier théoricien du désir est Platon, il pense que le désir débute par le manque, car « celui qui désire, désire une chose qui lui manque. » Dans le fameux discours d’Aristophane, on constate que le désir émane d’une faille ontologique. Autrement dit, si l’être cherche sa moitié, c’est qu’il l’a un jour perdu. Ce qui montre que l’amour n’est pas un désir de l’autre, c’est un désir de soi. L’âme sœur, l’être aimé, pourrait-être la partie de l’androgyne qui vous a été enlevée. Cependant, ce désir ne serait-il pas la source d’un malaise éternel ?

Dans la même lignée, Schopenhauer avance que tout besoin soit généralement un trait fondamental de la privation et de la souffrance. Généralement, tout plaisir produit par la satisfaction est précaire, ce qui aggrave le désir davantage. Malgré tout cela, le désir n’est jamais détaché du vouloir.

Peut-on alors dire que le repos n’est possible qu’à travers la désactivation des mécanismes de la volonté et du désir ?

  • Le désir est naturel

Si ces désirs existent et se développent en l’homme, c’est parce que ce dernier est originellement animé par la volonté d’exister, l’effort d’être, ce que Spinoza, le philosophe néerlandais nomme : « le conatus.»

Selon lui, le désir renvoie à l’effort que nous faisons pour préserver dans notre être en tant que nous en avons conscient. Tout homme a donc conscience de ses désirs, forme humaine du « conatus », cet effort que toute chose singulière fait et qui, dans une pierre qu’on a projetée est la d’inertie.

Le désir n’est donc pas étrange à la condition humaine. Epicure réalise une classification des désirs basée sur l’ordre de la nature. Les désirs naturels et nécessaires sont généralement tels parce qu’ils assurent la survie, ils correspondent aux besoins vitaux. Par ailleurs, les désirs qui visent l’absence du trouble du corps et du bien-être sont nécessaires. Enfin viennent les désirs nécessaires au bonheur comme la philosophie et l’amitié. Qu’en est-il alors des désirs néfastes ? N’aliènent-ils pas l’homme ?

  • Désir et désirs

A cet égard, Condillac, le philosophe français, ne fait pas de distinction entre désir et besoin puisqu’il pense que le désir soit le besoin primitif de l’être, « le plus pressant de tous nos besoins. »

S’il n’y a pas de désir, l’être se confie à une vacuité meurtrière, c’est en en effet ce qui justifie le renouvellement continu des désirs. Les désirs se multiplient, se succèdent, se métamorphose. Tout désir engendre un autre, tout désir est dynamique.

Bien évidemment, ce dynamisme crée le mouvement au sein de notre existence. Ce mouvement qui, d’après , le savant allemand d’expression française, ne doit s’effectuer facilement, sans effort. Chaque désir suscitant l’intérêt de l’homme est généralement difficile à atteindre.

Conclusion

En définitive, le désir est une notion essentielle pour comprendre ce qu’est l’homme. Il est d’abord l’emblème d’un manque, d’une absence, d’une faille qui creuse dans l’intimité profonde de l’être, qui l’empêche d’acquérir la complétude originelle et la satisfaction. A ce titre, la destinée de l’homme est déterminée par la nature, la qualité et le degré d’assouvissement de ses besoins, qu’il tend à diversifier, multiplier et créer. Cependant, le véritable enjeu reste de savoir fonder un idéal de sagesse, empêchant l’homme vers l’état de l’ataraxie.

Transition : Certes le désir définit l’homme, il en est l’essence et la particularité. Il nous apparaît bien comme étant simultanément, de façon indissociable, puissance d’affirmation de la vie et puissance d’agir. En revanche, ses pulsions, ses tendances et ses mouvements conduisent l’être vers le malheur, le trouble et le désastre. Peut-on alors s’identifier à ce qui nous détruit ?

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