Denis Diderot, Article « Autorité politique », Encyclopédie, 1751. Résumé de texte

PAR HAFID BAGDID – hafidbagdid@hotmail.com

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Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’on examine bien et on la fera toujours remonter a l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé; ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils on déféré l’autorité.

La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que, si ces derniers deviennent a leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort.

Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature; c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l’était arrogée devenant alors prince cesse d’être tyran.

La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l’homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve a un autre homme, parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C’est Dieu, jaloux absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve afin que la créature ne s’arroge pas les droit du créateur […].

La vraie et légitime puissance a donc nécessairement des bornes. Aussi l’Ecriture nous dit-elle :

  • Que votre soumission soit raisonnable », « Toute puissance qui vient de Dieu est une puissance réglée ».

Car c’est ainsi qu’il faut entendre ces paroles, conformément à la droite raison et au sens littéral, et non conformément à l’interprétation de la bassesse et de la flatterie, qui prétendent que toute puissance, quelle qu’elle soit, vient de Dieu. […]

Le prince tient de ses sujets mêmes l’autorité qu’il a sur eux, et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l’Etat. Les lois de la nature et de l’Etat sont les conditions sous lesquelles ils se sont soumis, ou sont censés s’être soumis à son gouvernement. L’une de ces conditions est que n’ayant de pouvoir et d’autorité sur eux que par leur choix et de leur consentement, il ne peut jamais employer cette autorité pour casser l’acte ou le contrat par lequel elle lui a été déférée : il agirait dès lors contre lui-même, puisque son autorité ne peut subsister que par le titre qui l’a établie. Qui annule l’un détruit l’autre. Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation et indépendamment du choix marqué dans le contrat de soumission. S’il en usait autrement, tout serait nul, et les lois le relèveraient des promesses et des serments qu’il aurait pu faire, comme un mineur qui aurait agi sans connaissance de cause […].

Denis Diderot, Article « Autorité politique », Encyclopédie, 1751.

 

Schéma argumentatif du texte :

Paragraphe 1 : Principes de départ : Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel,

Exception : Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire.

Nouveau principe : Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature… remonter a l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé; ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat.

Paragraphe 2/3 : Premier type d’autorité : La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent.

Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature; c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis.

Paraphraphes 4/5/6 : Deuxième type : La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions …et des limites ; car l’homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve a un autre homme, parce qu’il a un maître C’est Dieu.

Résultat : La vraie et légitime puissance a donc nécessairement des bornes.

Principe final : Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation et indépendamment du choix marqué dans le contrat de soumission. S’il en usait autrement, tout serait nul !

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Résumé proposé :

L’autorité politique, acquise en réalité, ne s’accorde pas avec le droit inné de liberté de chacun. Hormis la tutelle // paternelle limitée par l’âge, tout pouvoir se justifie par deux facteurs : la puissance ou l’assentiment des soumis.

D’// une part, le pouvoir politique est le lot des plus forts, lequel pouvoir reste tributaire de la balance des forces. // Ce pouvoir arbitraire se convertit en pouvoir légitime en ayant l’acceptation des citoyens.

D’autre part, ce deuxième pouvoir // consenti implique des restrictions. En effet, toute obéissance se garde de devenir idolâtrie, d’où l’obligation des limites. Ainsi, ces // dernières constituent des remparts contre tout abus du pouvoir exercé par le souverain, abus rendant caduque tout pacte de soumission // entre souverain et sujets.

Nombre de mots utilisés : 124 mots.

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