Florilège de citations en rapport avec les grandes problématiques du thème de la démocratie. Hafid Bagdid

I – Sur l’œuvre, le contexte et les auteurs :

La conception et l’évaluation du projet démocratique part d’une observation et témoignage du vécu : dans nos œuvres, les auteurs s’intéressent à leurs époques et traitent plus de l’absence de la démocratie, de ses dérives plus que de penser à une possibilité d’élaborer la démocratie.

De La Démocratie en Amérique : Un essai pour montrer que la démocratie conduit à un « despotisme doux » plus qu’à une vraie liberté/égalité. « La démocratie est à Craindre ».

Les Cavaliers/L’Assemblée des femmes : Deux comédies satiriques qui soulignent avec grossièreté que toute tentative d’établir la démocratie vire aux pires formes de gouvernement :« Bête » est l’art de gouverner, le Peuple et la classe dirigeante. Aristophane se moque du peuple et du discours politique.

Complot contre l’Amérique : Une uchronie qui propose, sous le regard d’un enfant-narrateur, comment la démocratie a permis à un ennemi de la démocratie d’avoir les commandes et menace alors le rêve démocratique Américain. La vie socio-politique est marquée par « une peur perpétuelle » (titre d’un Chapitre » et le jeune Philip, face aux menaces dit si certains américains vivent « le rêve », sa famille et les juifs « nous, on vit Un cauchemar » (p.116).

II – La démocratie et les dangers de ses valeurs nobles :

  • Au lieu de parler de démocratie, on assiste à travers les œuvres à la dégénérescence des valeurs de liberté, de l’égalité et des droits du peuple. Toute tentative de corriger la démocratie vire à la

Tocqueville : souligne, à plusieurs reprises, que la révolution n’aboutit à entériner le despotisme. P. (179) P(165) : le despotisme me parait donc particulièrement à redouter dans les âges démocratiques). La vie, comme la marche de l‘Histoire, serait une succession de Démocratie, dictature, démocratie, dictature….

Phillip Roth : L’idée du complot traverse le livre Lindbergh est accusé de vouloir Implanter un modèle nazi en Echange des valeurs démocratique Américain. Le jeune narrateur voit Que les jours avenirs seront de « Mauvais jours » et que « c’est plus Comme avant » (P.251). Face au changement et aux angoisses, Lindbergh assure qu’il est toujours fidèle au modèle américain.

Aristophane : Les deux serviteurs, insatisfaits du Paphlagonien, optent pour un Charcutier pire. Praxagora, voulant remédier aux injustices, affirme : « Je suis affligé et peiné par le désordre des affaires de la cité » (P.175). On passe d’une injustice à l’autre. (P.175) : « en fait de chefs, elle choisit successivement ce qu’il y a de mauvais, s’il en est un qui soit honnête durant une seule journée, il est mauvais dix jours ».

 

  • Il est possible de dire, qu’au regard de l’histoire, il s’agit d’une stagnation. Difficile de dire qu’il y a amélioration.
  • III- La démocratie pervertie resserre l’étau de l’évolution des sociétés.

L’Assemblée des femmes : Praxagora, en parlant de ses prétentions au pouvoir, traite de la survivance des traditions et le maintien des mêmes habitudes. P.176 « comme autrefois…livrons-leur donc Messieurs, la cité ».

De La Démocratie en Amérique : C’est vrai que l’auteur écarte la révolution car difficile de re-vivre comme nos ancêtres, mais il avoue qu’il n’y aurait pas changement, mais plutôt (dans la succession/Persistance), il est tenté de « Regretter la société qui n’est plus » (P.189). Sinon, « Le monde politique change, il faut désormais chercher de nouveaux remèdes à des maux nouveau » (P.180).

Complot Contre l’Amérique : (Stagnation ou peur perpétuelle). P.254 : Les mandats donnent lieu à une succession de problèmes, d’un président à l’autre. Même avec la réélection de Roosevelt et disparition de Lindbergh, retour d’un désordre, de crimes, (P.467). « révolue l’ère d’usurpation inique amenée par le président par intérim et son administration ». (P.466).

IV – Mais comment sommes-nous arrivés là ? L’origine de la dictature est la démocratie même. En effet, ce qui fonde la démocratie, à savoir la liberté, l’égalité, le pouvoir de la majorité…assure à contre coups des formes de :

A : Egalité, fraternité, despotisme !

Tocqueville : L’égalité et la liberté ne fondent pas la démocratie mais préparent les citoyens à la servitude. P.134 : « citoyens sont devenus plus faibles en devenant plus égaux ». P.85 : L’égalité produit la liberté, puis la servitude. En plus, l’égalité fragilise la société et inspire l’égoïsme. P.152 : « chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres ».

Aristophane : Les lois démocratiques établies par Praxagora pour répondre à l’égalité (partage équitable des biens) isole et écrase le droit individuel. Au lieu de l’intégrer, la démocratie justifie l’individualisme et la dissidence du jeune rebelle. (P218). Blépyros ne s’intéresse qu’à ses deniers, coucher déféquer et diner. La vieille femme pense à son propre plaisir de coucher avec un jeune. P175 : « Chacun se soucie de son intérêt particulier et du gain… ».

Roth : « Les Gens parmi d’autres » sert à l’assimilation des citoyens. Les rendre semblables tue toute différence. Les juifs en sont menacés. Donc tous, sous Lindi, se dressent contre les juifs ! Sous le règne ce président, les juifs semblent vivre dans l’écart, les ghettos et les pogroms se multiplient. P214 : Sandy est conquis par Lindi. Par extension, la démocratie nourrit l’intérêt particulier : le jeune Philip s’isole dans sa passion pour les timbres, Steinhem est le juif qui s’épanouit dans ses affaires loin des dangers touchant la communauté juive. P.164 : « Il ne glorifie pas l’Etat au détriment de l’individu, il encourage au contraire l’entreprise individuelle ».

B : La liberté illimitée abêtissent et animalisent. (instinct).

Ainsi, la démocratie, telle qu’elle est établie et est vécue, se résume dans la quête des plaisirs vulgaires. Les droits se résument dans le droit à la jouissance : la démocratie abêtit, animalise.

De La Démocratie en Amérique : Libres et égaux, les citoyens se tournent vers « les petits plaisir ou « les passions vulgaires » (P.152). P.155 : « chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ».

Dans les deux comédies d’Aristophane : Les décisions de Praxagora (P215) touchent aux désirs bestiaux (sexe et nourriture), les deux démagogues servent à nourrir. Les deux pièces sont traversées par la danse, l’ivrognerie. P.52 : « O Démos, contente-toi de…prendre ton bain…avaler, de mâcher, d’absorber… ». Le peuple est « grignoteur de fèves ».

Complot contre l’Amérique : L’arrivée de Lindbergh assure la sortie de la crise, d’où la passion pour l’argent. P. 183 : « Les affaires explosent, et tout ça…parce qu’on a la paix…. Alors que demande le peuple ? Qu’est-ce qu’il y a d’autre que le fric, pour des gens comme vous ?

V- La démocratie et la fascination du bien et ordre matériels :

Tocqueville : Ainsi, il y a une obsession pour l’ordre afin de jouir.

P.115 : « le gout de la tranquillité publique devient alors une passion aveugle… ». P.99.

Roth : Importance de l’ordre/Paix : Le but de Lindi est : P.260 : « toutes les décisions qu’il prenait avaient pour seul but d’accroitre leur sécurité et garantir leur bien-être ». P.88 : « notre statut d’Américains se dégradait, nous étions encore en démocratie ».

Aristophane : Praxagora veut échapper au désordre (P.174) et veut « réjouir le peuple-citoyen en le comblant des mille avantages » (P.203).

 

VI -La démocratie est un despotisme doux ! :

C : Dans ce sens, face à un peuple diverti, hébété, la démocratie devient une oppression du peuple, mais une oppression douce, assurant une autorité abusive et tyrannique.

Tocqueville : D’abord, cette nouvelle forme est inédite : Despotisme doux le souverain n’est pas un despote mais « tuteur », voir son profil et technique (P.153).

Résultat : L’Etat s’impose à tous et partout. L’auteur parle de centralisation (tous les hommes toutes les affaires) (voir les domaines centrés par l’Etat au Chapitre 6 : religion, charité, éducation, industrie…).

La dimension divine, signe d’un pouvoir illimité, est ainsi décrit P.93 : « gouvernement sous l’image d’un pouvoir unique, simple, providentiel et créateur ».

Aristophane : Le rôle du souverain se résume ainsi : « flatter, caresser, flagorner, séduire…P.52).

Résultat : L’Etat dirige aussi bien la vie commune que la vie intime. Praxagora a mis « ses mains sur toute la cité », le Paphlagonien a l’œil sur tout ». Le Paphlagonien est décrit comme « un génie » (dimension céleste), a un pouvoir immense « destiné à devenir le souverain absolu de tous ces sujets » p.62.

Roth : P.214, l’aventure des Gens Parmi D’autres plait et « séduit » Sandy pout adhérer au rêve américain du Président (P158/159).

Résultat : Le roman montre le président, aviateur, ne cesse de voler d’un endroit à l’autre comme s’il est présent partout et s’occupe de toutes les affaires. Ceci prépare son ubiquité, sa mainmise, son omniprésence et sa déification ou mythification.

  1. « 50 » : Naissance du mythe
  2. « 84 » :Miracle.

P.258 : « La Maison-Blanche, accoutumée à la déification quasi universelle de Lindbergh ».

Le président est décrit comme un sauveur de l’humanité et de la démocratie.

Conséquence : La politique démocratique devient synonyme de tromperie, de perfidie et mensonge.

Complot contre l’Amérique : Les républicains ayant pris le pouvoir avec ce nouvel hôte de la Maison- Blanche voyait un perfide ennemi ». (P.71). Le Rabbin est vu par le père Comme un « traitre ».

Manipulation de la liberté de la presse .P.347.

 Œuvres d’Aristophane : Praxagora, pour justifier le mérite qu’elle a au « pouvoir, elles ne seraient jamais trompées, car elles ont elles-memes l’habitude de tromper » (p.177).

Démos trompe et est trompé.

De La Démocratie en Amérique : La parole ou la presse « instrument démocratique de la liberté

»(P.172). Au peuple de l’utiliser pour sa liberté sinon risque d’être manipulé d’autant plus que le souverain est « tuteur », digne de la confiance du peuple, d’autant plus que la religion est une affaire de l’Etat.

VII – Instrumentalisation de la religion :

C’est le cas de dire que la religion aide à justifier et à légitimer une souveraineté inique et absurde :

Aristophane : L’interprétation des oracles permet aux serviteurs de bluffer, de séduire le charcutier pour occuper le poste pour lequel il n’est pas fait.

Roth : Aux cotés de Lindbergh, il y a la figure emblématique du rabbin Bengelsdorf qui instrumentalise la religion pour faire du président un sauveur et non un ennemi (P.163). (Voir un détournement P178).

Tocqueville : La religion tombe dans les mains du souverain (P122). Les esprits sont donc dominés aussi.

VIII – La démocratie : risque de la parole de la démagogie :

A ses moyens s’ajoute l’effet des discours, des mots et des slogans pour asservir les citoyens.

Aristophane : Les noms des personnages et des institutions sont liés au pouvoir de la parole, outil de gouverner et de diriger. D’ailleurs, les serviteurs recommandent au charcutier de bien préparer au peuple

« une agréable petite cuisine de mots » (P.67).

Roth : Le contact avec le président se fait au rythme de ses discours séduisants, sa brièveté et sa présence partout, le rôle des médias et du rabbin.

Tocqueville : Inspirer la confiance, la douceur, l’infantilisation…pétrissent un citoyen séduit et servile.

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