Sigmund FREUD : La société réprime le désir par : Adel ELOUARZ


Par : Adel El Ouarz

Freud, psychanalyste autrichien né au XIXe siècle et mort au XXe siècle. C’est le fondateur de la psychanalyse.La psychologie individuelle. Dans ce livre au contraire, Freud applique les acquis de la psychanalyse à la société

« Le dernier, mais certes non le moindre trait caractéristique d’une civilisation, apparaît dans la manière dont elle règle les rapports des hommes entre eux. Ces rapports, dits sociaux, concernent les êtres humains envisagés soit comme voisins les uns des autres, soit comme individus appliquant leurs forces à s’entraider, soit comme objets sexuels d’autres individus, soit comme membres d’une famille ou d’un État.

+++ Comment la société comme une masse d’individualité fonctionne-t-elle ? Les relations interpersonnelles, intersubjectives au sein de l’espace collectif qui est la société ?

Comment est-il possible de faire coexister dans une société, un ensemble d’individus mus par des désirs divergents, opposés et parfois inconciliables ?

Parvenus à ce point, il nous devient particulièrement difficile de discerner ce qu’on entend somme toute par le terme de « civilisé », sans pourtant nous laisser influencer par les exigences définies de l’un ou de l’autre idéal. Peut-être recourra-t-on d’abord à l’explication suivante : l’élément culturel serait donné par la première tentative de réglementation de ces rapports sociaux.

+++ Le passage à la civilisation, à l’état de culture se manifeste dans la première tentative que les individus font pour réglementer les rapports sociaux qui les unissent dans la société. La culture opère une transformation profonde dans les relations sociales.

Si pareille tentative faisait défaut, ceux-ci seraient alors soumis à l’arbitraire individuel, autrement dit à l’individu physiquement le plus fort qui les réglerait dans le sens de son propre intérêt et de ses pulsions instinctives. Et rien ne serait changé si ce plus fort trouvait plus fort que lui.

+++ Dans l’état de nature, les rapports sociaux sont soumis à l’arbitraire : C’est la loi du plus fort qui domine : Les individus aux désirs contraires s’affrontent, leurs rapports étant régis UNIQUEMENT par la loi du plus fort / le plus fort physiquement décide et agit dans le sens de ses intérêts et de ses « motions pulsionnelles ». Il n’y a pas de d’autorité, force supérieure à l’individu qui sera à même de concilier les désirs opposé des individus.

La vie en commun ne devient possible que lorsqu’une pluralité parvient à former un groupement plus puissant que ne l’est lui-même chacun de ses membres, et à maintenir une forte cohésion en face de tout individu pris en particulier. La puissance de cette communauté en tant que « Droit » s’oppose alors à celle de l’individu, flétrie du nom de force brutale.

+++ Le passage à l’état de culture, c’est le passage de la logique de « la loi du plus fort » à la logique du « droit ». Comment cela s’opère une majorité réunie d’individus qui sera plus forte que chaque individu isolé. Passage de la puissance physique de l’individu à la puissance de la communauté.

En opérant cette substitution de la puissance collective à la force individuelle, la civilisation fait un pas décisif. Son caractère essentiel réside en ceci que les membres de la communauté limitent leurs possibilités de plaisir alors que l’individu isolé ignorait toute restriction de ce genre.

++++Cette communauté d’individu va instaurer des dispositifs qui vont restreindre les désirs et les pulsions individuels. L’individu donc ce cas, par soumission à l’ordre imposé par la collectivité sera contrait de renoncer à son individualité, à ses désirs qui sont inconciliables avec les exigences de la communauté.

Ainsi donc la prochaine exigence culturelle est celle de la « justice », soit l’assurance que l’ordre légal désormais établi ne sera jamais violé au profit d’un seul. Nous ne nous prononcerons pas sur la valeur éthique d’un tel « Droit ». Poursuivant son évolution, la civilisation semble alors s’engager dans une voie où elle tend à ne plus faire du droit l’expression de la volonté d’une petite communauté – caste, classe ou nation -, celle-ci se comportant à son tour, à l’égard d’autres masses de même genre mais éventuellement plus nombreuses, comme un individu prêt à recourir à la force brutale.

+++ Mais cet ordre – la communauté qui impose par force de loi aux individus de conformer leurs désir avec ses exigences – peut ne pas juste. Quand une communauté domine, on n’est pas encore dans l’esprit de la justice. Pourquoi ? Parce qu’on a substitué à la violence individuelle, une violence collective, celle de la communauté, encore plus quand cette communauté est très retreinte.

Le résultat final doit être l’édification d’un droit auquel tous – ou du moins tous les membres susceptibles d’adhérer à la communauté – aient contribué en sacrifiant leurs impulsions instinctives personnelles, et qui d’autre part ne laisse aucun d’eux devenir la victime de la force brutale, à l’exception de ceux qui n’y ont point adhéré.

+++ On ne peut instaurer le droit sans instaurer la justice : Quand le droit est « l’expression de la volonté d’une petite communauté qui impose ses désirs en réprimant ceux des individus qui sont extérieurs à elle.

+++La vraie justice consiste à ce qu’une quantité maximale d’individus soit intégrés au droit, c’est-à-dire consentent ensemble à la restriction de leurs pulsions antisociales. L’exigence de justice, donc, consiste en ce que la répression pulsionnelle est imposée à tous de la même manière.

La liberté individuelle n’est donc nullement un produit culturel. C’est avant toute civilisation qu’elle était la plus grande, mais aussi sans valeur le plus souvent, car l’individu n’était guère en état de la défendre.

+++La liberté existe même à l’état de nature : Si la liberté consiste à disposer pleinement de ses désirs, il se trouve qu’en l’absence d’une autorité supérieure aux individus , ces derniers s’aliènent et se privent de leur liberté.

Le développement de la civilisation lui impose des restrictions, et la justice exige que ces restrictions ne soient épargnées à personne. Quand une communauté humaine sent s’agiter en elle une poussée de liberté, cela peut répondre à un mouvement de révolte contre une injustice patente, devenir ainsi favorable à un nouveau progrès culturel et demeurer compatible avec lui.

+++ L’individu peut s’opposer à une restriction pulsionnelle trop forte imposée par la culture, mais pas à la culture elle-même. Quand, il y a des entraves, des lois superflues qui limitent des désirs qui ne sont pas en contradictions avec les exigences sociales, l’individu peut se révolter pour jouir de plus de liberté.

Mais cela peut être aussi l’effet de la persistance d’un reste de l’individualisme indompté et former alors la base de tendances hostiles à la civilisation. La poussée de liberté se dirige de ce fait contre certaines formes ou certaines exigences culturelles, ou bien même contre la civilisation.

… l’homme sera toujours enclin à défendre son droit à la liberté individuelle contre la volonté de la masse. Un bon nombre de luttes au sein de l’humanité se livrent et se concentrent autour d’une tâche unique : trouver un équilibre approprié, donc de nature à assurer le bonheur de tous, entre ces revendications de l’individu et les exigences culturelles de la collectivité. Et c’est l’un des problèmes dont dépend le destin de l’humanité que de savoir si cet équilibre est réalisable au moyen d’une certaine forme de civilisation, ou bien si au contraire ce conflit est insoluble.

+++ La culture est la difficile conciliation de deux sources pulsionnelles différentes : la collectivité et l’individu : La collectivité qui impose des restrictions et peut devenir répressive et l’individu qui est toujours mu par des désirs.

+++ Reste à savoir si on peut concilier cette double exigence : les désirs de la communauté et ceux de ses membres.

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