L’évolution du vivant: de l’animal vers l’homme, par Wafae Abid

  • La conception antique : entre fixisme et transformation

Le débat entre « fixisme » issu d’Aristote et du monothéisme et « transformisme » défendu par des auteurs différents et fort actif.

Selon Aristote, l’un des aspects de l’ordre et de la perfection du monde est son éternité, à la fois cosmique et vivante : les espèces ont existé telles que nous les voyons de toute éternité, et subsisteront sous la même forme pour l’éternité à venir. Et l’on comprend qu’une des raisons du succès de son œuvre est sa grande compatibilité avec le mythe de la création du monde dans la genèse :

« Dieu fît les bête sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon. » (Genèse I)

Quant à la pensée antique, elle soutient la thèse d’une naissance spontanée des êtres vivants à partir de la terre et de l’eau sous l’action du soleil, comme la bien décrit Euripide :

« L’histoire n’est pas de moi, mais vient de ma mère : le ciel et la terre étaient une forme unique, et quand ils se séparèrent ils firent sortir toutes choses à la lumière : les arbres, les oiseaux, les animaux portés par la mer et la race des mortels. »

Mais l’origine est une chose, la transformation en est une autre, existe-t-il des théories évolutionnistes dans l’antiquité ? Lucrèce pense par exemple qu’une fois que la nature a eu fini de produire ses monstres, les espèces parviennent à une stabilité dans leur structure atomique de façon indépendante. Epicure va plus loin en disant :

« Mais il y a un terme à la fécondité, et la terre cessa d’enfanter, telle une femme épuisée par l’âge. L’évolution du monde entier est le fruit du temps, les choses passent nécessairement d’un état à un autre, aucune ne reste semblable à soi, tout s’en va, tout change, tout se métamorphose par la volonté de la nature. » Mais, et malgré ces spéculations, il manquait une théorie.

  • Vers une histoire naturelle audacieuse

Au XVIIIème siècle, Buffon hésitait entre fixisme et transformisme. Elle admet une transformation à l’intérieur d’un principe fixiste dominant. Il avance :

« Toutes les espèces paraissent former des familles dans lesquelles on remarque une souche principale et commune, de laquelle semblent être sorties des tiges différentes et d’autant plus nombreuses que les individus de chaque espèce sont plus petits et plus féconds. »

Ces idées marquaient les débuts hésitants de la théorie de l’évolution avec Lamarck. Son œuvre La philosophie zoologique couronne les recherches des lumières. Pour Lamarck, le transformisme marque un passage du plus simple au plus complexe. Il ne conteste pas l’idée d’une classification des espèces puisqu’il participe à la construction de l’ordre des invertébrés. Mais la nouveauté porte sur deux points : d’une part, les espèces n’existent pas en soi, il existe une graduation presque indéfinie de nuances, d’autre part, il faut voir les différences sur le plan du temps : « Quantité de faits nous apprennent qu’à mesure que les individus d’une de nos espèces changent de situation, de climats, de manière d’être ou d’habitude, il en reçoivent des influences qui changement peu à peu la consistance et les proportions de leurs parties, leur forme, leurs facultés, leur organisation même ; en sorte que tout en eux participe, avec le temps, aux mutations qu’ils ont éprouvées. »

Lamarck pense à un ordre global du vivant, la succession des espèces se fait du plus simple au plus complexe, ce qui fait de la série des animaux un ordre successif, dont on peut attribuer la constitution à un créateur : «  sa puissance infinie n’a-t-elle pas pu créer un ordre de choses qui donnât successivement à tout ce que nous voyons ? »

  • La révolution darwinienne

L’attachement de Lamarck à l’idée d’un progrès constant de l’inférieur vers le supérieur fait que Darwin critique toute idée d’un plan de la nature. Il n’existe selon lui que des lois très simples : variations, adaptation, sélection…ce qui a fortement contribué à orienter les débats sur le propre de l’homme, et à inaugurer la réflexion sur le comportement animal.

Le théoricien de l’évolution des espèces participe à cet égard à intégrer la génétique moderne dans la sélection et à prouver l’instabilité du vivant.

Selon Darwin, de multiples facteurs, au sein de l’environnement physique, chimique et biologique dans lequel évolue une espèce, induisent une sélection naturelle à chaque génération, dont le résultat est un « succès reproductif différentiel ». Au sein d’une même espèce, les individus porteurs d’une variation héritable, momentanément avantageuse par les conditions du milieu, se reproduiront davantage.

« Si ces conditions se maintiennent assez longtemps ajoute Guillaume Lecointre, le variant avantagé finira par avoir une fréquence de 100% dans la population. L’espèce aura alors changé. » Conclusion, aucune espèce n’est stable dans le temps.

Qu’est-ce qui distingue finalement l’homme de cet être instinctif qu’est l’animal ?

Selon Darwin, « la différence d’intelligence entre hommes et animaux les plus évolués, aussi grande soit-elle, est une différence de degré, et non de nature. » en effet, la conscience n’a pas pu apparaître  que progressivement au cours de l’évolution des espèces : elle ne peut donc constituer un saut évolutif. Darwin souligne que les animaux font preuve d’une capacité d’adaptation et d’apprentissage qui atteste de l’existence d’une vie mentale.

Cette attribution d’une vie mentale aux animaux passe donc par la négation de la substantialité, sur laquelle reposait la distinction entre l’homme et l’animal dans la philosophie cartésienne.

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