Synthèse de textes / Raison et foi.

Texte 1

Il est nécessaire que l’homme reçoive, par mode de foi, non seulement les vérités qui dépassent la raison, mais même celles que la raison est capable de connaître. Et cela pour trois motifs. Premièrement, pour que l’homme parvienne plus tôt à la connaissance de la vérité divine. En effet, la science qui doit prouver que Dieu existe, et les autres vérités du même ordre concernant Dieu, est enseignée la dernière, parce qu’elle présuppose beaucoup d’autres sciences; de cette façon, l’homme serait tenu d’attendre longtemps avant de parvenir à la connaissance de Dieu. Deuxièmement, pour que la connaissance de Dieu soit plus communément accessible .En effet, beaucoup ne peuvent tirer profit de l’étude d’une science, soit à cause de l’engourdissement (Torpeur) de leur esprit, soit à cause des charges et des nécessités de la vie, ou bien même en raison de leur paresse pour l’étude .Ceux-là seraient totalement et injustement privés de la connaissance de Dieu si les vérités divines ne leur étaient pas proposées par mode de foi. Troisièmement, pour que soit garantie la certitude de cette connaissance .En effet, la raison humaine est bien débile devant les réalités divines, la preuve en est que, même dans la connaissance naturelle des réalités humaines, les philosophes ont commis pas mal d’erreurs et avancé des thèses contradictoires. Pour que les hommes eussent de Dieu une connaissance certaine et à l’abri du doute, il fallait donc que les vérités divines leur fussent enseignées par mode de foi, comme proférées, pour ainsi dire, par Dieu qui ne peut pas mentir.

                                                   Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique.

Texte 2.

                        Moi, Galileo Galilei, florentin physiquement présent devant ce tribunal, agenouillé devant vous, Très éminents et révérends cardinaux inquisiteurs dans toute la République chrétienne contre la perversité hérétique, ayant sous les yeux les sacro-saints évangiles que je touche de mes propres mains.

Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant et qu’avec l’aide de Dieu je continuerai à croire tout ce que tient pour vrai, prêche et enseigne la Sainte-Eglise catholique, apostolique et romaine . Attendu que ce Saint-Office m’avait intimé juridiquement l’ordre d’abandonner la fausse opinion selon laquelle le Soleil est au centre du monde et immobile tandis que la Terre n’est pas au centre du monde et qu’elle est mobile. Attendu que je ne pouvais enseigner en aucune façon la dite fausse doctrine, après qu’elle m’eut été notifiée contraire à la Sainte-Ecriture, attendu d’autre part, que j’ai écrit et donné à imprimer un livre dans lequel je traite de la doctrine déjà condamnée, en y apportant des raisons très efficaces en sa faveur, j’ai été jugé véhémentement suspect d’hérésie.

Par conséquent, je viens d’un cœur sincère et d’une foi non feinte abjurer, maudire et détester les susdites erreurs et hérésies et en général toute erreur, hérésie et secte contraire à la Sainte-Eglise. Et je jure qu’à l’avenir, je ne dirai ni affirmerai jamais plus, ni verbalement ni par écrit, des choses qui puissent me rendre suspect d’hérésie. Moi, Galileo Galilei, j’ai abjuré et signé de ma propre main.

                    Abjuration prononcée à Rome, couvent Santa Maria Minerva le 22 juin 1633.    

Texte 3 

Je puis fort bien m’imaginer, Très Saint Père, que, dès que certaines gens sauront que, dans ces livres que j’ai écrits sur les révolutions des sphères du monde, j’attribue à la terre certains mouvements, ils clameront qu’il faut tout de suite nous condamner, moi et cette mienne opinion.

Or, les miens ne me plaisent pas au point que je ne tienne pas compte du jugement des autres. Et bien que je sache que les pensées du philosophe ne sont pas soumises au jugement de la foule, parce que sa tâche est de rechercher la vérité en toutes choses, dans la mesure où Dieu le permet à la raison humaine, j’estime néanmoins que l’on doit fuir les opinions entièrement contraires à la justice et à la vérité. C’est pourquoi, lorsque je me représentais à moi-même combien absurde vont estimer cette idée ceux qui savent être confirmée par le jugement des siècles l’opinion que la terre est immobile au milieu du ciel comme son centre, si par contre j’affirme que la terre se meut : je me demandais longuement si je devais faire paraître mes commentaires, écrits pour la démonstration de son mouvement ou, au contraire, s’il n’était pas mieux de suivre l’exemple des pythagoriciens et de certains autres, qui – ainsi que le témoigne l’épître de Lysias à Hipparque – avaient l’habitude de ne transmettre les mystères de la philosophie qu’à leurs amis et à leurs proches,  et ce non par écrit mais oralement seulement.

Mes amis cependant m’en détournèrent, moi qui longtemps hésitai et même leur résistai… L’un d’entre eux m’avait fréquemment exhorté et même m’avait poussé par des reproches maintes fois exprimés à éditer ce livre et à faire voir le jour à l’œuvre qui était demeurée cachée chez moi non pas neuf ans seulement, mais déjà bien près de quatre fois neuf ans.

Ce que me demandèrent également plusieurs autres personnes… m’exhortant de ne plus me refuser – à cause des craintes que je concevais – de faire paraître mon œuvre pour le plus grand profit de tous ceux qui s’occupent de mathématiques. Et peut-être, aussi absurde que ma théorie du mouvement de la terre ne paraisse aujourd’hui à la plupart, elle n’en provoquera que d’autant plus d’admiration et de reconnaissance lorsque par suite de la publication de mes commentaires ils verront les nuages de l’absurdité dissipés par les plus claires démonstrations. C’est par de telles persuasions et par de tels espoirs que je fus amené à permettre à mes amis de faire l’édition de mon œuvre qu’ils m’avaient longtemps réclamée.

Copernic, De la révolution des orbes célestes, préface

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Analyse des textes 

Texte 1 Copernic :

  • Condamnation de toute vérité contraire au dogme religieux.
  • La religion et la science partagent le principe de la vérité d’où l’intolérance et la condamnation.
  • L’hésitation de Copernic se justifie par le mépris des esprits dogmatique à l’égard des nouveautés scientifiques démontrées.
  • De peur de susciter le scandale, Copernic opte pour l’autre-censure, ce qui est aussi, de sa part, une manière pour critiquer les esprits conservateurs jugés «  stupides »
  • Servir la vérité et la science est un principe contre l’obscurantisme religieux

Texte2 : Saint Thomas d’Aquin :

  • Principe du retour à la foi comme source ultime de la vérité :
  • Pour atteindre la vérité divine directement sans passer par l’intermédiaire de la science.
  • Rendre accessible la connaissance de Dieu et pallier aux exigences de la science.
  • Pour plus de certitude contrairement aux limites et aux contradictions des sciences.
  • Supériorité de la foi par rapport à la science.
  • Véracité absolue de la foi, comme reflet divin par rapport au doute de la science née d’un homme faible
  • Donc : ériger la foi comme source de vérité incontestable.

Texte 3 : Galilée :

  • Devoir de croire en l’autorité de l’église en dépit des vérités scientifiques.
  • Galilée renonce à la science sous la pression du dogme religieux : c’est une confession de la limite de la science devant la religion.
  • La religion tire sa crédibilité de sa sacralité et refuse toute remise en cause scientifique même si elle est argumentée
  • La religion condamne toute nouveauté scientifique.

 

Plan du commentaire : la foi et la raison :

I- Le conflit entre foi et raison :

  • Hostilité et décalage entre deux autorités : les nouveautés scientifiques sont jugés hérétiques et sont condamnées.

  • L’esprit religieux est vu comme stupide voire absurde (Copernic)

  • Pour Galilée et d’Aquin : l’esprit scientifique sape les fondements de la foi ou semble contradictoire.

II-Différences des approches :

Pour les trois écrivains, la foi et la raison sont deux extrêmes qui s’excluent et ne sont jamais conciliables.

T1 : la science provient de l’homme : débile, menteur / la foi : trace de la vérité incontestable de Dieu

T2 :l’autorité religieuse est sacrée et intransigeante (qui n’accepte aucun accommodement) avec des «  raisons très efficaces ».

T3 : Aucune autorité ne peut vaincre les démonstrations objectives de la raison humaine

III-séparation radicale entre les deux autorités :

Nos trois textes aboutissent à une séparation nette entre foi et raison.

L’abjuration : expression d’une soumission à l’ordre de l’église.

T 2 : Méfiance de la raison humaine trompeuse.

T3 : affirmation optimiste contre l’esprit obscurantiste et conservateur.

 Synthèse rédigée: Science et religion

Lorsque Copernic et Galilée soutiennent leurs nouvelles théories, le clergé sent que son hégémonie s’écroule devant la montée d’une nouvelle génération qui aspire à la liberté de penser. Contrairement au conservatisme des pionniers de la scholastique, notamment Saint-Thomas D’Aquin, fidèle à la foi érigée comme unique source de vérité, Copernic et Galilée affichent, chacun à sa manière, une attitude de méfiance à l’égard de l’autorité religieuse et accorde un pouvoir à la raison humaine. Ainsi, il importe alors de voir à travers la polémique entre science et religion une exclusion radicale entre deux modes inconciliables.

                                    En réalité, le corpus, en relatant un fait historique avéré, témoignent d’un conflit attisé entre science et religion. Dans ce sens, l’abjuration de Galilée est une sorte de capitulation assumée de la raison humaine devant l’autorité intransigeante et implacable de l’Eglise. Frappée du sceau de la condamnation, la raison humaine est reléguée devant la suprématie incontestable de la foi. C’est pourquoi Saint-Thomas D’Aquin annihile sans appel l’effort de penser chez l’homme, car cette propriété, déroutante et « débile », s’oppose à l’efficacité de la foi. Cependant, Copernic, en ayant l’intention de publier son texte, fait de cette préface posthume un véritable manifeste du droit à penser en dehors des carcans religieux. L’intensité de ce conflit est à lire à travers le lexique de l’hostilité entre les deux forces.

                                    Il est clair que la rivalité entre foi et raison s’explique plus par la différence des principes et des moyens que par l’objectif à atteindre. Copernic souligne que rien n’oppose la foi à la raison dans la mesure où elles partagent un même et unique but, celui de la vérité. Mais cette dernière, apanage de Dieu et intrinsèque à la parole divine, échappe à l’être humain aux yeux de Saint-Thomas D’Aquin. Autrement dit, tout effort de penser et de raisonner se réduit à une velléité stérile, sinon hérétique de l’homme. Dès lors, Galilée renonce, au gré des religieux, à sa théorie en dépit « des raisons très efficaces ». Bref, l’expérimentation scientifique ne vaut rien à l’égard du dogme religieux.

                                    Par conséquent, les trois auteurs revendiquent, bon gré mal gré, une certaine distance entre deux modes de penser largement séparés. Ainsi, le texte de Saint-Thomas D’Aquin dresse les preuves selon lesquelles la foi garantit la vérité à l’homme d’autant plus que cette faculté incarne les propriétés de l’omniscience et de la véracité incontestable, d’où la soumission de Galilée aux thèses de l’Eglise, laquelle soumission témoigne de l’inutilité de la réflexion et de l’expérimentation devant une source autarcique, celle des Ecritures Saintes. Aucune conciliation n’est alors possible même aux yeux de Copernic qui, en affirmant le caractère commun du but, condamne l’esprit religieux « stupide ».

                                    Il ressort alors de cette étude que le conflit entre science et religion débouche sur une nette rupture quoiqu’elles tendent apparemment vers l’unique objectif qui est la vérité. La sacralité des dogmes religieux annule l’esprit critique et l’esprit d’examen propre à la raison humaine. Dès lors, la sécularisation s’impose dans un climat marqué par un véritable extrémisme des deux « partis » : l’engouement effréné pour la science face à un conservatisme obscurantiste des religieux.     

 

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