Thème de l’animal : l’essentiel à retenir + citations utiles. Par Oussama Kantara.

Condillac/ L’affirmation de la communauté des êtres sensibles

Pour Condillac, l’inégalité entre l’homme et l’animal relève d’une différence de degré.

Il ne faut pas confondre l’acquis avec l’inné. Le plaisir et la douleur (sources naturelles de toute connaissance empirique) sont des expériences communes aux deux. Et c’est grâce à ces deux principes que les vivants apprennent à penser et à agir :

« La faculté de sentir est la première de toutes les facultés de l’âme ; elle est même la seule origine des autres ».

Rien n’est inné. Tout est donc acquis.  

Chaque être vivant apprend à vivre en fonction de ses besoins et de ses moyens. Cette connaissance acquiert un caractère nécessaire (spontané) du fait de la succession naturelle des causes et des effets (des stimuli et des réactions).

L’acquis (figé) de l’animal s’appelle l’instinct. L’acquis (perfectible) de l’homme s’appelle la raison.

L’homme acquiert une plus grande connaissance non pas grâce à son intelligence supérieure  mais du fait de l’efficacité du langage humain qui offre la capacité de transmettre le savoir d’un individu à l’autre et d’une génération à l’autre. A l’inverse, le langage animal est borné. La connaissance de l’individu animal est de ce fait limitée à ses propres expériences : « Les bêtes, même en société, ne font que les progrès que chacune aurait fait séparément ».   

Citations utiles :

« Si les bêtes sentent, elles sentent comme nous »
« Il serait peu curieux de savoir ce que sont les bêtes, si ce n’était un moyen de savoir ce que nous sommes »

Porphyre : la question de l’intelligence animale

« Ne recevons-nous pas de la nature notre raison ? ». Même les chiens font des syllogismes.

Si les animaux s’expriment par le langage de la voix, c’est qu’ils pensent avant.

Le langage des animaux nous est aussi mystérieux que le langage d’un étranger. Il nous échappe par défaut d’interprète. En communiquant avec eux, peut-être qu’ils nous apprendraient tant de choses sur le monde et sur l’avenir.

Porphyre invite à adopter un régime végétarien. Mais il s’adresse surtout aux hommes raisonnables               (aux philosophes) ; il dispense au contraire ceux qui exercent des métiers manuels.

Les philosophes en effet sont les seuls à croire à l’immortalité de l’âme et à la nécessité de l’affranchir            de tout ce qui l’empêche de s’élever jusqu’au monde intelligible. La viande alourdit le corps et l’âme. Et sans la philosophie, l’homme n’est supérieur à l’animal que par la cruauté.

Il existe donc uniquement deux raisons qui justifient la consommation de la viande :

-La réduction du nombre des bêtes qui saccagent les cultures (Cas de la légitime défense)

-L’approvisionnement des travailleurs qui s’adonnent à des tâches pénibles.

Citations utiles :

« Les chiens font à l’occasion des syllogismes »

Plutarque : Défense de la cause animale

Réflexion morale sur le sacrifice de l’animal et la prétendue suprématie de l’homme

-Eloge de l’animal qui incarne l’idéal de l’équilibre et de la sagesse :« Un cochon se conforme à l’ordre naturel bien mieux que les hommes qui sont finalement les seuls à vouloir y échapper ou même à souhaiter s’y conformer » (Penser à l’équilibre animal célébré par David Hume)

-Critique de l’alimentation carnée : La cruauté (de manger l’animal) est le fruit de l’habitude. Elle s’est affirmée par nécessité et s’est perpétuée par goût.

Plutarque constate l’insensibilité croissante de l’homme à l’encontre de l’animal qui se manifeste dans l’invention de la chasse (du meurtre pour le divertissement). La chasse est d’abord pratiquée sur les animaux menaçants et ensuite contre le premier gibier venu ; elle ne fait aucune différence entre l’ennemi et l’allié.

Il nous prévient également que tuer l’animal conduit à perdre le sentiment naturel de la pitié. On ne doit pas trouver curieux de se priver de viande. On doit s’étonner du courage qu’il faut pour tremper ses mains dans le sang d’un animal innocent pour en dévorer ensuite le cadavre.

Citations utiles :

« L’homme est l’animal le plus misérable qui soit »
« Il n’est pas d’animal qui n’ait des opinions et des raisonnements, comme il a de sa nature de la sensibilité et des appétits ».

Jérémy Bentham : Une morale utilitariste bienveillante

Postulat : Tous les animaux ont pour but de maximiser leur plaisir et de diminuer leur souffrance/ Rejet du spécisme (de la discrimination sur la base de l’espèce)

L’animal doit être protégé par la loi et par la morale puisqu’il est sensible. Il faut étendre le souci du bonheur d’autrui à tout ce qui peut le goûter.

Cependant le discours de Bentham contient des concessions :

Il est vrai que : «  La chaîne de la vertu enserre la création sensible tout entière »

Mais : «  Ce sont des revendications peut-être très prématurées puisqu’une bonne  partie des hommes est encore traitée comme des animaux inférieurs »

Par conséquent : « Il doit être permis de tuer les animaux et défendu de les tourmenter »

-L’animal n’est pas un sujet moral :

  • Il n’agit que faiblement sur notre sensibilité.
  • Il ne nous donne pas les louanges que mérite notre bienveillance à son égard.

-La somme de notre plaisir (en le mangeant) excède celle de sa souffrance. Il est d’ailleurs difficile                    de repérer la limite entre les animaux sensibles et les animaux insensibles.

Toutefois : Rien n’autorise de les maltraiter gratuitement.

Bentham est parmi les premiers à réclamer des méthodes plus clémentes d’exécution.

Ovide : L’exécution des animaux est un crime consanguin

L’homme ne diffère de l’animal que par un corps et un esprit plus subtils.

« Laissons donc ces corps où réside peut-être un père »

Postulat : Toute vie est sacrée /La plante n’est pas vivante : Classification fondée sur le critère physique du sang. Le sang est impur.

Pourquoi ne faut-il pas tuer l’animal :

  • Par sens de la responsabilité (par devoir de tutelle) (Point de vue partagé par Peter Sloterjik/ L’animal est comme l’enfant : puisqu’il est inapte à se défendre, nous devons le défendre par procuration sans qu’il soit nécessaire qu’il le demande)
  • L’abondance de la nourriture végétale
  • La diversité gastronomique qui convient à tous les goûts et à tous les états de santé
  • Le sang empoisonne le corps et l’esprit. La viande est faite pour les prédateurs et les monstres de la forêt : « Il n’appartient qu’aux animaux de se nourrir de chair ». Le carnivore possède naturellement un caractère cruel et farouche (qu’il soit homme ou bête).
  • C’est un crime de manger son allié et son semblable.
  • Il est impie d’attribuer aux dieux l’amour du sang (les Grecs avaient l’habitude de sacrifier à leurs dieux).

Henry Stephen Salt : une révolution alimentaire pacifiste

« Pouvons-nous ignorer le chemin menant de la barbarie à l’humanité ? »

Henry Stephen Salt constate une réforme alimentaire en cours. Mais une opposition résiste à cette réforme malgré la faiblesse de ses arguments :

-L’introduction de méthodes d’abattage plus humaines (clémentes et indolores) est contradictoire puisqu’elle n’est pas nécessaire. Le vrai scandale n’est pas dans les méthodes mais dans le régime carné lui-même ainsi que dans tout l’attirail industriel et idéologique qui le soutiennent et l’encouragent.

– Le régime végétarien possède des avantages avérés pour la santé.

-Les légumes et les fruits sont plus appétissants : ils satisfont le goût sans susciter le dégoût (de la viande crue).

– Les vrais fondements du végétarisme sont moraux. Ils s’adressent plus à la volonté qu’à la raison. L’homme doit arrêter de se conduire comme un vulgaire prédateur soumis à « la loi de la nature » : « Tous les partisans d’une réforme alimentaire connaissent les bons vieux arguments de la « loi de la nature » qui ramène l’éthique humaine au rang du chat sauvage ou du serpent à sonnette »

Tom Regan : L’obligation du véganisme : Aucun compromis n’est possible

« La théorie des droits est catégoriquement abolitionniste »

Les fondements théoriques des droits des animaux sont identiques à celles des droits des hommes.                Les animaux sont des sujets libres (de leur propre vie) et leur vie peut être racontée subjectivement (Penser à des films comme celui de Simba, le roi lion). Ce sont des bénéficiaires du droit au même titre que les handicapés et les enfants (présumés moraux bien qu’incapables parfois d’agir de la sorte).

Constat : Les défenseurs de la cause animale sont les mêmes qui défendent les droits des femmes,                 des minorités et des travailleurs.

Position :

  • Contre l’exploitation expérimentale des animaux cobayes puisque la valeur de l’animal n’est pas réductible à son utilité.
  • L’abolition de l’élevage à des fins commerciales puisque les animaux ne sont pas des ressources à notre disposition.

Jacques Derrida : Dénonciation du sort toujours plus violent des animaux

Il condamne « L’organisation et l’exploitation d’une survie artificielle, infernale, virtuellement interminable »

Jacque Derrida dénonce le phallogocentrisme (néologisme forgé par Derrida pour référer à la conception phallique du logos notamment propre à Descartes: le plus intelligent domine). 

L’homme est coupable d’assujettir les animaux sur lesquels il exerce des formes variées de violence. Puis           il dissimule et se dissimule sa cruauté en organisant, à l’échelle mondiale, l’oubli et la méconnaissance          des génocides qu’il commet.

Ces génocides sont d’autant plus abominables qu’ils se poursuivent, pour certains animaux, dans un état de survie artificielle infernale et virtuellement interminable. (Elevage industriel et manipulation génétique par exemple).

Carol Adams dénonce l’érotisation de la viande : c’est donc le discours sur la viande et sur l’animal qui est coupable.

« Un homme qui refuse la viande est efféminé »

Peter Singer : L’animal au cœur d’un projet social

Il ne suffit pas de se préoccuper du bien-être de l’animal mais d’agir à son égard comme un égal. On              ne libérera pas les animaux en vidant les zoos mais en se vidant la tête de tous les préjugés.

L’animal doit faire partie d’un grand projet social d’émancipation :

  • Une égalité juste doit être fondée sur une caractéristique extensible au maximum d’êtres susceptibles de subir les effets de la loi et de la morale (L’intérêt de ne pas souffrir). Ce n’est que de cette manière que les institutions sociales peuvent se prémunir contre toute forme de discrimination (spéciste, raciste, sexiste …).
  • L’égalité est toujours une notion morale et jamais un état de fait.

Citations utiles :

« Si un être souffre, il ne peut y avoir de justification morale pour refuser de tenir compte de cette souffrance »
« Il n’y a pas de raison logique qui impose de faire découler d’une différence de faits dans les capacités que possèdent deux personnes une différence quelconque dans la quantité de considération que nous devons porter à la satisfaction de leurs besoins et intérêts »
« Limiter cette prise en compte selon tout autre intérêt, comme l’intelligence ou la rationalité, serait la limiter de façon arbitraire »

Sue Donaldson et Will Kymlicka : L’animal citoyen

Zoopolis est un ouvrage de philosophie politique qui envisage de fonder la société idéale multi-espèces où les hommes et les animaux peuvent cohabiter ensemble sous des lois justes.Les deux auteurs y invitent             à une redéfinition de la sociabilité et de la citoyenneté à partir de laquelle il serait possible d’attribuer              aux animaux des droits. Il ne s’agit pas seulement de rendre aux animaux leurs droits naturels. Il faut aussi en reconnaître de nouveaux à tous ceux qui ont choisi de vivre auprès des humains. Ces droits s’échelonnent en fonction du contenu de ces relations :

-Les domestiques sont des citoyens qui jouissent de tous les droits. Ce sont tous les animaux capables             de communiquer, de faire confiance et de s’adapter.

-Les liminaires (Les écureuils, les ratons laveurs, les rats, les étourneaux, les mouettes, les faucons pèlerins et les souris) sont des animaux intermédiaires qui doivent jouir du statut de  résidents ou de réfugiés et qu’il faut arrêter de maltraiter

-Les sauvages sont autonomes.

« Les animaux domestiques sont capables d’être des citoyens »

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