Thème : la parole : Résumé de texte – analyse et corrigé.

           » D’un côté, on peut constater que la parole humaine n’a probablement jamais connu autant de possibilités de déploiement qu’aujourd’hui. Où qu’on se tourne dans les sociétés modernes, on trouve, souvent comme signe de progrès, des techniques de communication ou encore des institutions qui sont directement une concrétisation ou une facilitation de la parole. La parole aujourd’hui est un fait social majeur. C’est par elle que nous agissons, que nous prenons des décisions, que nous négocions, que nous tentons de faire reculer la violence, que nous organisons et transformons le monde qui nous entoure.
          Pourtant, d’un autre côté, en même temps que ce déplacement du statut de la parole, qui lui confère une position toujours plus centrale, chacun sent bien que ce déploiement est souvent au mieux retenu, au pire dévoyé. Nous sommes là au cœur de l’injonction contradictoire : parlez, mais taisez-vous ! Il s’agit d’un véritable paradoxe, car à la fois la parole est libre, encouragée, elle est un des principaux opérateurs du changement social, et à la fois elle est difficile à prendre ou encore réduite à un discours sans effet, quand elle n’est pas travestissement de la pure violence. De plus, cette importance, cette centralité de la parole n’est qu’en partie visible à nos yeux. La parole moderne n’est qu’en partie consciente d’elle-même, elle n’est même parfois que l’ombre de son idéal.
Une vision optimiste des choses permettra de dire que ce qui compte le plus aujourd’hui est la place prise par la parole qui fait de nos sociétés de véritables sociétés de parole. Le symbole le plus fort de cet aspect des choses sera par exemple la « liberté d’expression » qui connaît un déploiement sans égal dans l’histoire. On insistera également sur les immenses possibilités offertes par les techniques modernes de communication, dont Internet n’est qu’une avant-garde. Ou encore sur le fait que nous vivons en démocratie, ou, pour être plus précis, dans des sociétés« en voie de démocratisation », c’est-à-dire un régime où la parole tend de plus en plus à être au centre des processus sociaux de décision et d’action.
Une vision pessimiste de la même réalité soulignera les immenses inégalités d’accès à la parole et le fait qu’elle est souvent manipulée par les puissants. La parole, pour reprendre l’expression de Jacques Ellul, est trop souvent une « parole humiliée ». Dans cette optique, on insistera sur le fait que les nombreuses techniques de communication déployées aujourd’hui ne correspondent pas forcément à un accroissement de la qualité des paroles qu’elles servent à transmettre, ou même que, à être tant délayée, la parole s’y affadit considérablement.
                 Il faut donc tenter une approche la plus objective possible de ce phénomène. La question n’est pas l’optimisme ou le pessimisme, mais bien une juste évaluation de la place prise par la parole dans les sociétés modernes. […] Toute évaluation, dans le domaine social, est souvent une question d’échelle. Le point de vue optimiste se révèle pertinent si l’on place l’observation sur une échelle temporelle large : on a assisté à un déplacement du statut de la parole (par exemple, en France, de la fin du Moyen Âge à l’époque contemporaine) qui lui confère une position de plus en plus centrale et qui contribue largement, entre autres, au progrès des mœurs et de la civilité.
             Le point de vue pessimiste est imbattable pour décrire les très nombreuses situations, au présent, qui témoignent de notre frustration devant les dévoiements de ce qui apparaît le plus souvent comme une potentialité en lieu et place d’une réalité. (…)

L’optimiste a une vision globale, mais celle-ci ne le protège pas contre les accidents, y compris ceux qui risquent d’arrêter la course. Le pessimiste a un point de vue précieux puisqu’il pointe du doigt, avec rigueur, tout écart du chemin, ou toute retenue dans l’élan, mais il risque de décourager la poursuite de la course en répétant inlassablement que l’on se trompe de direction, alors que l’on va peut-être, globalement, dans le bon sens.
            Il est tentant malgré tout de prendre de la hauteur par rapport à ce balancement entre optimisme et pessimisme pour voir que sur la longue durée, celle des civilisations, partout où il y a de la parole, il y a du progrès. Thèse renversable, tant les deux termes sont identifiés l’un à l’autre : partout où il y a du progrès, il y a de la parole. Que ce progrès soit aujourd’hui en partie retenu ne change rien à sa direction.
Nous l’avons vu, ces progrès sont de deux ordres : d’abord, une capacité toujours accrue pour l’homme de prendre en main son destin (c’est-à-dire de ne plus être subordonné au fatalisme), en inventant des représentations (par exemple celle de l’homme comme individu), des pratiques sociales (comme la « civilité,) et des institutions (notamment démocratiques) qui permettent à la parole de se déployer; ensuite, à un autre niveau, celui des moyens, un affinement de la parole elle même dans sa capacité à changer le monde. Ce progrès peut connaître des revers, mais, dans un certain sens, la direction d’ensemble est la bonne et c’est, au bout du compte, toujours, la société des hommes qui s’en porte mieux. C’est dans ce sens que la parole, comme fondement d’un humanisme renouvelé, mérite, pour le moins, un éloge.  »
Philippe BRETON, Éloge de la parole (2003).

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I – Les articulations du texte :

1-  La parole occupe une place de plus en plus centrale dans l’évolution sociale. Toutefois, l’accès à la parole et toujours confronté à divers obstacles.

2- une évaluation objective s’avère incontournables en vue de révéler les inflexions éventuelles de l’évolution de la place occupée par la parole.

3- la parole est, malgré tout, synonyme de progrès humain.

II – Rédaction

      La parole a certes connu des possibilités d’épanouissement sans précédent, néanmoins ce développement demeure paradoxalement refoulé. Car d’un point de vue optimiste il est remarquable que la parole occupe désormais une place de plus en plus centrale dans l’évolution sociale, alors que d’un point de vue pessimiste on notera que l’accès à la parole est toujours confronté à divers obstacles qui en diminuent la qualité.

      Une évaluation objective de la place occupée par la parole s’impose alors. Si l’approche optimiste est appréciation de la parole suivant le paradigme temporel, celle pessimiste reste valeureuse car elle permet de révéler les inflexions éventuelles de cette évolution.

    La parole est ainsi louable dans la mesure où elle est synonyme de progrès humain constamment renouvelé.

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