Thème : l’animal : Anthropomorphisme et zoomorphisme.

Par : F.SAMIRA – CPGE – Ouarzazate.

Anthropomorphisme : consiste à humaniser les animaux

Zoomorphisme : consiste à animaliser les humains

Ce rapport de symétrie perd de son évidence, lorsqu’on se penche sur leurs enjeux. A quelle(s) fin(s) et dans quel cadre humaniser les animaux et animaliser les hommes ? De qui parle-t-on dans ce cas-là ? La culture dualiste, qui a entériné la séparation de l’homme d’avec l’animal, n’est-elle pas à l’origine de ce processus ? Ne serait-ce pas là une opposition entre un état de culture et un état de nature ? Et ce jeu de miroir (reflet de l’animal dans l’homme et reflet de l’homme dans l’animal), n’est- il pas le fait d’un homme qui n’a de cesse de définir son humanité comme un arrachement à l’animalité ?

1)- Anthropomorphisme : serait-il un anthropocentrisme ?

Etienne Souriau, dans Vocabulaire d’esthétique, définit l’anthropomorphisme comme une

« faute » : l’erreur vient de ce qu’il est une projection par l’homme de son humanité sur l’animal qu’il prétend décrire.

Il y’a deux façons de dénaturer l’animal : en le domestiquant et en l’anthropomophisant. Au niveau artistique, les animaux sont introduits au côté des hommes dont ils deviennent des représentants. Ils sont alors une allégorie, un porte-parole et/ ou un interlocuteur de l’homme. La Fontaine ne déclare-t-il pas à propos des Fables : « je me sers des animaux pour instruire les hommes » ? Le fabuliste se sert de l’anthropomorphisme comme un procédé stylistique et pour une visée pédagogique, tel Esope, Phèdre, Pilpay. L’animal humanisé devient non seulement une simple représentation de l’homme, mais un modèle social et moral : il tend aux hommes un miroir dans lequel ils peuvent contempler leur reflet. L’animal conserve son corps et son identité tout en ayant une psychologie, des gestes, des passions et des comportements humains.

L’illustration des Fables au XIX siècle par Grandville (1803 – 1847), représente les deux animaux (le Corbeau & le Renard) en leur prêtant des expressions humaines : la posture du renard, assis sur ses pattes arrières et tenant ses pattes avant croisées devant lui, comme si c’était des bras.

De même la toute célèbre fable « le loup et l’agneau », un fermier frappe un jeune garçon avec le fouet dont il se sert pour faire avancer les bêtes de trait. Ce couple humain est configuré selon les mêmes lignes que celles qui distribuent le couple du loup et de l’agneau : dans les deux cas, le plus fort est en hauteur par rapport au plus faible. Le loup féroce est dédoublé par le paysan dont le fouet va s’abattre sur le valet, ce loup devient l’illustration d’un autre adage célèbre qui veut que l’homme soit un loup pour l’homme. L’anthropomorphisation de l’animal se retourne en zoomorphisation de l’homme. Dans ce cas, l’animal donne une figure aux passions humaines, qui sont en quelque sorte la part animale de l’homme : elles sont toujours l’expression du corps, cette machine que les humains et les animaux ont en partage.

Les contes populaires recourent également assez constamment à l’anthropomorphisme, prêtant à l’animal des traits humains, notamment la parole qui leur permet de s’exprimer d’égal à égal aux hommes et de les guider dans leurs épreuves. A la différence des fables, les contes populaires, qui puisent dans une culture antérieure au christianisme, n’humanisent pas les animaux pour dénoncer les défauts humains. C’est plutôt le signe de la connivence des animaux avec l’homme, ceci renvoie à ce temps où les bêtes parlaient, où hommes et bêtes se parlaient.

 

Fables, contes, poèmes, bandes dessinées, romans… en littérature comme au cinéma, dès que l’animal est anthropomorphisé, il est personnifié. Mais qu’on est-il de l’homme qui s’animalise ?

2)- Le zoomorphisme : une représentation humaine avec des formes animales.

Le zoomorphisme reste un anthropomorphisme, dans la mesure où il projette sur les êtres et les objets une perception des animaux investie par les affects et la culture. Machiavel recommande au prince de savoir être un lion et renard, autrement dit d’avoir la force du lion et la ruse du renard. De fait, le lion et le renard sont dans la tradition populaire l’incarnation de ces deux vertus.

Sous le masque de l’animal et de ce qu’il connote campe des personnages humains : dans le célèbre bande dessinée Maus, la Shoah est transposée dans un univers animalier où les juifs sont des souris, les nazis des chats et les Polonais des cochons. Le zoomorphisme est souvent utilisé à des fins satyriques, et tourne rarement à l’avantage de l’homme. Il ne s’agit de rien de moins que de ravaler l’homme au rang des bêtes, de mettre en exergue non plus son animalité mais sa bestialité. La première peut être définie comme le maintien dans l’ordre de la nature, de l’organique, du biologique. La bestialité, elle, est le propre de la brute, de l’être qui abdique son humanité : la raison et la maîtrise de soi pour se complaire dans la bassesse d’appétits triviaux, à l’image du porc vautré dans sa fange. C’est ce processus de renoncement que donne à vois Ionesco dans sa pièce Rhinocéros et tout particulièrement à travers la métamorphose du personnage de Jean qui consent à celle-ci, tant le sentiment de la force lui procure de jouissance « je suis fort, parce que je suis fort », s’exclame-t-il bêtement. Son glissement zoomorphique le démasque, révèle la brute bestiale, indigne de parole, que se cachait et s’ignorait sous son apparence humaine.

  • Anthropomorphisme et zoomorphisme sont les deux faces de la même médaille, font de l’animal le détour par lequel l’homme parle de lui-même. D’une humanité problématique, qui le met en prise avec « l’animal que donc il n’est plus », si on ose dire en paraphrasant Derrida.
  • Ils sont une façon de penser l’homme à partir de l’animal et non animal à partir de l’homme. Ce sont des procédés de représentation à sens A ne pas les confondre avec l’hybridation (représenter des êtres mi-homme, mi- bête – une définition du monstre : centaure, faune, sirène, sphinx…).
  • Ils sont également deux figures de style qui permettent à l’homme de problématiser la relation de son humanité en faisant un détour par l’animal.

Auteurs et notions :

Lévi-Strauss, totémisme

Philippe Descola, rapports possibles aux animaux

George Bataille, l’homme prolonge et se sépare radicalement de l’animal

Baudelaire, Le chat, animal érotique

Supervielle, l’animal comme figure allégorique

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