Thème : l’animal : Cours 1: l’homme est-il un animal ?

culture générale

Par : F.SAMIRA – CPGE – Ouarzazate.

A la lumière des recherches en éthologie, des résultats nombreux et convergents se sont accumulés ces dernières décennies. Ceci mène à reconsidérer nos concepts d’hommes et d’animal. Faut-il juger que le partage traditionnel entre l’homme et l’animal, entre la culture et la nature est aujourd’hui obsolète ?

Pour la plupart, l’homme, c’est l’animal humain, et dès lors, s’interroger sur ce qui le différencie, c’est nécessairement considérer ce qui le distingue en tant qu’animal des autres animaux.

Comment peut-on distinguer l’homme de l’animal ? Et pour quelle fin ?

Le recours à une anthropologie comparative : faire apparaitre les caractéristiques d’homo sapiens par comparaison à celles des espèces animales proches. Il semble entendu aujourd’hui, que les certitudes acquises sur ce qui sépare l’homme de l’animal ne sont pas de mise ; et que notre schéma conceptuel à ce propos doit-être révisé en profondeur. Les cartésiens n’ont-ils pas longtemps considéré l’animal comme étant un automate ?

Chercher la proximité et la différence entre homme et animal : un retour sur la place de l’homme dans le règne animal.

L’homme appartient au règne animal : prouvé par beaucoup de taxinomie et de classements traditionnels, tel l’arbre de porphyre : c’est un vertébré, mammifère… Or, ses capacités sont plus développées que celle du chimpanzé avec lequel il partage un nombre important de gènes. En particulier en ce qui concerne la langue parlée. Si Montaigne admet que les animaux communiquent et que c’est nous qui nous ne comprenons pas leur langage, d’autres ont prouvé que parler un langage n’est pas communiquer à l’aide de gestes et de cris. Ces différences ne sont pas flagrantes et absolues ; c’est plutôt une question de degré seulement. De ce point de vue, les humains ne sont pas plus uniques que tout autre animal.

Et si l’homme était si différent et si supérieur ?

Merleau Ponty, dans la structure du comportement, avance que « l’homme ne peut jamais être un anima ». En effet, la tradition nous a habitués à penser l’homme comme une détermination du vivant animal : au sein du genre animal, l’espèce humaine est dotée de telle ou telle différence qui la caractérise en propre. Ce propre étant pensé comme une qualité, dont le défaut, a contrario, signerait incontestablement une non humanité. Ce n’est pas l’homme qui est un animal doté d’un propre, mais c’est l’animal qui est marqué par l’absence constitutive d’une possibilité humaine, l’exister. Pour le dire plus simplement, il s’agirait voir la phrase de Heidegger, « l’animal est pauvre en monde, l’homme est configurateur de monde ».

L’animal dans le tube : l’animal enfermé dans son monde.

« Dans son monde ambiant, l’animal est, pour la durée de sa vie, enfermé comme dans un

tuyau qui ne s’élargit ni se resserre ». Martin Heidegger – Les concepts de la métaphysique. Ce regard de haut jeté sur l’animal, amène Derrida à dire qu’en cela Heidegger demeure peut-être cartésien,

« une pensée de l’autre, de l’infiniment autre qui me regarde, devrait au contraire privilégier la question et la demande de l’animal ». Derrida fait de l’animal un autrui à part entière, qui mérite notre intérêt.

Rendre hommage et justice à l’animal / L’animal que donc nous sommes :

Derrida stigmatise un oubli de l’animal, et partant de l’animalité même de l’homme, que la tradition philosophique s’obstine à étouffer. L’animal est exclu de ce qui est censé constituer le propre de l’homme. Cette animalité n’est-elle pas la première évidence à souligner dans une ontologie de l’ego sum ?

L’animal anthropomorphisé : miroir de l’homme :

Il serait dangereux de juger les conditions de vie des animaux selon notre propre sensibilité. Pour cela, il est nécessaire de tenter de comprendre comment l’animal perçoit lui-même son environnement. On ne respecte pas le vrai de l’animal, ses besoins et ses propres émotions. L’égocentrisme de l’homme continue, mais autrement. Il se croit donner la parole à l’animal, à travers la littérature (notamment les fables et les récits fantastiques…). Certes l’animal passe du statut d’objet (machine –meuble – propriété…) au statut de sujet (thème des œuvres littéraires et sujet actif et parlant – anthropomorphisé- dans les récits fictifs), toutefois l’homme reste ce bienfaiteur qui lui attribue ces atouts. C’est l’homme qui humanise l’animal, voire le dénature. Mais cet anthropomorphisme n’est aussi qu’un miroir de l’homme. Dans ce sens La Fontaine affirme qu’il « se sert des animaux pour éduquer l’homme ». Autrement dit, pour dénoncer les vices humains, l’animal est l’interprète ou le messager qui dévoile les secrets de la société humaine. Ainsi, l’homme qui humanise l’animal se trouve animalisé, lui-même : on passe d’un anthropomorphisme au zoomorphisme.

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